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Bonjour          
Quelques mots pour me présenter, 2018
160 cm x 53 kg



“A l’image de la vie, mon dessin ne cesse d’évoluer et de me surprendre.”


Après mon master 2 en design produits à l’ENSAAMA Olivier de Serres de Paris ainsi qu’un stage dans le monde du luxe, j'ai vite compris que cette vie n'était pas faite pour moi.

En effet, coupée du contact avec la matière (essentiel pour moi), mes envies créatrices s’évaporent et je m’éteins à petit feu.

Pour remédier à cela, j'ai commencé par m'initier à l'artisanat.

Pendant plusieurs années j’ai expérimenté le monde de la céramique, y prenant beaucoup de plaisir.
Toutefois, au vu des nombreuses étapes nécessaires à la fabrication de ce matériau qui tendaient à limiter ma spontanéité, je me suis progressivement et naturellement tournée vers le dessin.

Cet outil d’expression magique m’a alors permis de voir mes œuvres évoluer en direct. Il n’est plus nécessaire d’attendre que la terre sèche, que les émaux changent de couleur au contact du feu... Les œuvres se dévoilent immédiatement, elles ne mentent pas, d’un coup de crayon une expression apparait, une femme se dénude et l’œuvre prend vie. Une vraie libération créative !

Aujourd'hui le dessin est devenu mon mode d’expression principal et occupe une place centrale dans ma vie.

Il prend forme au gré de mes envies, de mes intuitions.

Amoureuse de l’expérimentation, je l’associe tantôt à la broderie, tantôt au collage.

A l’image de la vie, il ne cesse d’évoluer et de me surprendre.

Julie
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Ma pratique          
Vue par Sylvie Testamarck, plasticenne et professeur d’histoire de l’art.
15.08.2018

« Mon dessin est mon corps. A  travers lui, je poursuis l’exploration des identités multiples dont je suis constituée ... »


C’est un travail placé sous le signe d’une métamorphose  opiniâtre : je dessine donc je me construis.

Au début, dans ses dessins, on trouve des femmes, séduisantes toujours, vêtues certes mais anatomiquement incomplètes, autour desquelles semblent d’ailleurs graviter toujours d’invisibles prédateurs. Elles disent quelque chose d’une féminité inquiète,  crainte et craintive et pourtant violement revendiquée.

A présent, dans son travail, toujours des femmes mais dénudées celles-ci, définitivement mises  à nu, exposées de l’intérieur d’elles-mêmes.

Un seul outil d’expression pour cette artiste : le dessin. Un support privilégié : le calque, entendu ici comme métaphore de la peau pour son côté soyeux, laiteux, précieux mais résistant, supportant  les griffures que l’artiste va lui apposer. Car on coud, sur cette peau-papier, une broderie ensauvagée qui tiendrait  du tatouage et du bijou mais pas seulement. Ici, on dessine le contour du corps d’un trait de crayon mais c’est le fil de couleur  qui structure puissamment l’anatomie. Le fil est une ligne qu’on ne peut pas gommer, reliant entre eux la main au téton, la bouche au sexe, un sein à un autre, dressant dès lors comme la cartographie secrète du corps féminin. Le dessin « Voie lactée » dit quelque chose de ce pouvoir nouveau fraîchement détenu.  On  y voit une moderne Junon faisant jaillir le lait qui formera la nouvelle constellation. Le pouvoir divin opposé  (ou coexistant) ici avec la vulnérabilité des premières figures.

Le fil est aussi un chemin que l’artiste va suivre comme l’enfant des contes de fées : attentive à sa seule rêverie. Parfois le fil s’emmêle, on laisse cet emmêlement demeurer qui, de manière imprévue, a dit ce jour-là quelque chose d’elle-même. On découd aussi  et c’est alors un autre chemin à parcourir, à l’envers celui-ci, et quand il se fait, patiemment, méticuleusement, la pensée chemine elle aussi.  Le fil cousu, le trait du crayon, les traces laissées par  l’aiguille sont autant  de  repères d’un territoire intérieur secrètement exploré dont  les corps dessinés seraient les cartes à déchiffrer.

Au fond, pourrait dire Julie Ozanne : « mon dessin est mon corps. A  travers lui, je poursuis l’exploration des identités multiples dont je suis constituée et dont j’entends percer tous les mystères. »

Telle est sa quête.

Sylvie Testamarck
Le  15/08/2018 Plasticienne, professeur d’histoire de l’art à l’université populaire Averroès de Bondy.
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